La fable de l'étoile
Le monde paraît clair comme de l’eau, ouvert comme un livre,
L’instant vécu nous apaise : on rit, on s’amuse, on badine ;
La vie vaut quelque plaisanterie, avant qu’on ne se livre,
Proies faciles, aux griffes de la mort, funeste badine.
Nous nous tenons là, accrochés follement comme des moules
À notre existence. Lumineuses et lointaines dames,
Dans leur coton d’encre d’années-lumière, celles qui moulent
Notre ombre, rient comme la reine renverse l’autre dame :
Même dans l’hiver éternel des espaces au long cours,
La lutte entre les soleils s’étend jusqu’aux plus sombres failles.
Une étoile rebelle refuse de suivre son cours,
S’échappe des combats stellaires, se recouvre d’un voile
Pour disparaître. Elle vogue pour atteindre les abords
De l’espace-temps ; elle navigue sans vent et sans voile,
Téméraire cœur de feu ! Elle craint doucement l’abord,
Et se consume rapidement. Ô brûlants vermicules !
Ô crinières célestes ! Sa force est celle d’une rose
Dont les pétales fanés, engloutis par les vermicules,
Se parent d’une couleur absente. Sa lumière est rose,
Vieille et si loin, et si loin, si loin… Elle semble une pêche
Oubliée dans le cosmos qui veut sa liberté clocher.
Elle approche le tissu élémentaire qui la pêche,
L’attrape dans sa nage : retentissent mille clochers :
Elle a rebondi à son contact. Son feu devenu bleu
Meurt à petit feu et s’effondre comme une immense vague.
Triste, désabusée, l’étoile a sa peau tapie de bleus,
Qui se couchent sur un corps renouvelé, mais un corps vague.
2026
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