Face à l'océan

 

Sens-tu la chaleur des baisers pétris d’amour

Que j’adresse à tous les vents, aux cinq océans ?


N’importe qui, n’importe où.


Il y a tout ce fourmillement qui s’agite,

Dans cette seule et même goutte de cristal,

Le sanglot de Dieu qui a donné vie au monde ;

Dans nos cœurs, un peu de cette larme native.


Que nos pleurs ne soient pas sur notre âme tremblante

Des pluies éternelles toujours recommencées !


Mon pleur est absent comme l’eau d’un vieux désert

Où le sel diluvien est un feu immense

Qui couronne le sable chaud, blanc au soleil.


La respiration du monde fond sur moi :

C’est comme tous les vents des continents entiers,

Toutes les haleines et les brises marines

Me serrant et m’écrasant presque sous leur poids.


Le film des hommes se met en place et s’anime,

Devant de vagues yeux d’absence qui sont miens

(Appel à ton impossible apparition,

De quoi les réveiller enfin, eux qui t’attendent,

Et ce cœur dont les chagrins dérobent mes nuits).


Je sens dans le vent qui m’enlace

Le souvenir de ta présence ;

Dans le vent je ressens sur moi

L’alizé chaud d’entre tes lèvres

Et une place à mes côtés,

Devant le grondement du monde

Ces visages qui n’en sont pas.


Tu es le vent qui est ta présence lointaine,

Et tel un arbre j’aime sentir tes étreintes,

Et tel un arbre je crains de partir aussi.


Très haut s’élèvent les rires et les clameurs,

Avec jusqu’au ciel des voix et des chants d’oiseaux,

Mon lamentable petit cœur s’entend à peine,

Mais ta voix ressuscitée que je me répète

Ensoleille cette nuit froide de plein jour,

Bien que tous les rayons d’or qui m’inondent soient

Pareils aux étoiles que portait ton sourire…

     Quand le reverrai-je ?…

     Oh, dis-moi, dis-moi donc…

     Quand le reverrai-je ?…

     Oh, si tu peux le dire…


À quoi ressemblait la couleur de ton regard ?

Et les constellations noires sur ta peau ?…

Qu’est-ce que cela faisait d’épouser ta bouche ?…

Quelle douceur s’endormait au creux de tes mains

Que j’adorais prendre si souvent, si longtemps ?…

Quelle était l’odeur qui imprégnait tes habits,

Les pages des gros livres qu’on lisait ensemble ?…

Et ta voix, quelle était sa petite chanson ?…


Mes images, mes pensées, sont-elles les pièces

De trésors enfouis qui te palingénèse ?

Où sont-ce les fictions d’une âme brisée ?


Je ne sais plus à quoi tu pouvais ressembler,

Ni moins encore ce que dès lors tu deviens.


Ma mémoire tangue sur les remous amers

De cet océan où se côtoient les fossiles,

Nos instants passés tout juste momifiés ;

Je veux croire en ton sang qui coule où que tu sois,

En ton œil qui brille, ô mon phare familier,

Du même éclat qu’au moment de notre abandon.

Je ne veux pas, si loin, à mille lieux de nous,

Te confondre dans l’ivresse d’un rêve bleu,

Ne veux pas songer à tes os déshabillés,

À ce que tu pourrais être quand je te pleure,

Si, malgré l’aube, l’on ne se revoyait pas ;

Je veux croire à ta présence, si loin, si loin…


Où patiente notre heureuse pâmoison ?

Dis-moi depuis quels cieux était-elle tombée,

Vers quel horizon tourner mon regard perdu

Pour toucher un peu ta silhouette éthérée ?


Mes yeux coulent puis s’écroulent dans le néant ;

Voilés, absents, plus personne ne les regarde

Car il n’y avait que toi qui savais comment

Les contempler afin de boire leur iris.

Cependant, font-ils bien de t’attendre, dis-moi,

Ou se jettent-ils sur des lierres de poussière,

Sur les cendres de nos propres flammes éteintes ?


Et pourtant je te sens dans le souffle du vent,

Et le souffle de ton souffle parcourt mes veines.


Sous les baisers de la brise, dans la cohorte

Tempétueuse des rires et des clameurs,

Dans ce moment où je suis absent comme toi,

J’attends plein d’espoir ton retour du bout du monde

Sous ton manteau d’aurore, sur les flancs d’écume.

J’attends ton retour où que tu sois, toi que j’aime.


19 avril 2026

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