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Le Chat et les Oiseaux

Il y avait un groupe d’oiseaux qui vivait à l’intérieur d’une large volière, si vaste qu’elle faisait office de salle à elle toute seule, sous le porche d’un jardin, attenant à la maison du propriétaire. On se demandait bien pour quelles raisons ce dernier possédait quantité de volatiles – de toutes les sortes, par ailleurs –, tant il avait l’air de ne pas s’en préoccuper : c’est en outre à peine s’il s’ en occupait , car il n’entrait jamais dans la volière pour les visiter, ou pour apprécier leur chant et la beauté de leur plumage, ni davantage pour leur caresser gentiment la tête, mais exclusivement pour les nourrir, leur donner de quoi se rassasier durant deux ou trois jours, avant de repartir sans dire un mot ou presque, de sorte qu’au fil du temps les oiseaux eux-mêmes se désintéressèrent de lui : il ne devint, à leurs yeux, pas autre chose qu’un garde-manger ambulant. Leur maître était à ce point réfractaire à surveiller et à aimer ses bêtes, malgré la collection extraordina...

La fable de l'étoile

  Le monde paraît clair comme de l’eau, ouvert comme un livre, L’instant vécu nous apaise : on rit, on s’amuse, on badine ; La vie vaut quelque plaisanterie, avant qu’on ne se livre, Proies faciles, aux griffes de la mort, funeste badine. Nous nous tenons là, accrochés follement comme des moules À notre existence. Lumineuses et lointaines dames, Dans leur coton d’encre d’années-lumière, celles qui moulent Notre ombre, rient comme la reine renverse l’autre dame : Même dans l’hiver éternel des espaces au long cours, La lutte entre les soleils s’étend jusqu’aux plus sombres failles. Une étoile rebelle refuse de suivre son cours, S’échappe des combats stellaires, se recouvre d’un voile Pour disparaître. Elle vogue pour atteindre les abords De l’espace-temps ; elle navigue sans vent et sans voile, Téméraire cœur de feu ! Elle craint doucement l’abord, Et se consume rapidement. Ô brûlants vermicules ! Ô crinières célestes ! Sa force est celle d’une rose Dont les pétales...

Les sirènes amiénoises

  Dans la brume de mars La chevelure grise de la mer Traîne ses mèches tranquilles Au-delà des côtes où la terre Lui offre son baiser Saint-Leu dort d’un sommeil trempé Car Saint-Leu se noie docilement Dans la brume de mars L’eau du fleuve est paisible La haute tour de Notre-Dame Sommeille auprès des anges Quand s’éveille la ville qui remue Mes paupières contemplent La noirceur d’une chambre Cette obscurité qui m’avale me digère      Mon esprit s’éclaire lentement      Sans que mon corps n’en sache rien      Mon esprit ouvre ses propres yeux      À l’affût du monde qui gît sans matière Ce sont des chants que gazouillent des voix multiples Ce sont des chants marins glissant à mon oreille Un parfum d’iode et d’écume Avec son cortège d’embruns Ces sérénades saccadées immolent mon peu de sommeil      Je regarde face-à-face le monde toujou...

Fleur d'un rêve

  Je ne t’attendais pas en un pareil pays ; Toi qui avais joliment serpenté déjà Sur les terres où des fantômes se silencent, À tue-tête tu époumonais mes désirs, Dans tes clameurs blanches résonnaient chaudement La beauté de ta voix, les accents de tes yeux Qu’accueillaient tes auréoles mélancoliques Qu’une langueur croquait à l’aurore du jour. Halo spirituel, je ne t’attendais pas ; Ta clarté éclaire ma nuit claire et réveille, Une fois encore, une épiphanie d’amour, Ô toi, la cathédrale où mes vœux reposent ! Ne viens pas me demander de quoi ces souhaits Retournent, car ta voix si pure clocherait ; Tu as la clairvoyance des cœurs en repos, Sachant me lire tu lis dans mes regards mauves Des visions brûlantes : Dans un même lit Contre toi, sur ta peau peinte des étincelles De plaisir ; et ton sein nu choyé par ma main ; Et nos paroles océaniques s’inondent Dans la foudre de nos baisers torrentiels. Jolie fleur, tu viens te promene...

La quête du malade d'amour

  Où partir ? Vers quel endroit du monde tourner Un regard trempé d’éternelles espérances ? À quelle hauteur vendre mes vœux, mes prières ? Vers qui dois-je plonger mon regard étoilé, Offrir des bouquets de roses et de baisers ? Comment l’exprimer enfin, ce besoin d’aimer ? Ce besoin de sentir contre soi la chaleur D’un cœur qui bat, qui sonne l’heureuse chamade Pour ensommeiller mes peurs, pour sécher mes pleurs. Quels traits portera ce soleil si attendu ? De quel visage chanterai-je la beauté ? Quelle émotion, quel sentiment, quel éclat, Surgira de mes doigts reposant sur ses doigts, Avec sa main dans la mienne : mais quelle main ? Nos âmes se loveront-elles l’une à l’autre Quand nos bouches s’épouseront : mais quelle bouche ? Quels mots inexprimables se diront nos yeux Fondus dans un seul et même regard d’amour ? Entourant notre pupille ronde et profonde, La couleur nouvelle éclora sous ses auspices Des nébules peuplant notre...

La Rose du désert (Poèmes américains, II)

  Enracinés à la terre blême Dans l’ombre des roches Les crotales chantent D’imperceptibles mélodies Reptiliennes qu’on devine Des louanges aux cieux noirs À leur éclat de soleils Les roches ont pâli en plein jour Ô roches immaculées du Désert De cette blancheur indélicate imparfaite Qu’avez-vous à nous dire qui soit écouté ? L’appel des serpents à la nuit est indicible Comme ces célestes altitudes qu’ils lamentent Mais la musique de ces muscles immobiles De ces ventres devenus rochers Parle mieux au cœur des hommes ! Nous sommes les coquillages de ces eaux effacées Réduites à n’être désormais plus que les grains de peau D’un paradis perdu au fond d’une Amérique muette Nous avons le vent pour auditoire et quand nos chants Se font plus profonds plus langoureux plus désespérants Lourds de ce fardeau qu’est la nostalgie des vieilles pierres Dont les souvenirs se cristallisent sans jamais s’éradiquer Les lézards pâles comme les lueurs loi...