Les sirènes amiénoises
Dans la brume de mars La chevelure grise de la mer Traîne ses mèches tranquilles Au-delà des côtes où la terre Lui offre son baiser Saint-Leu dort d’un sommeil trempé Car Saint-Leu se noie docilement Dans la brume de mars L’eau du fleuve est paisible La haute tour de Notre-Dame Sommeille auprès des anges Quand s’éveille la ville qui remue Mes paupières contemplent La noirceur d’une chambre Cette obscurité qui m’avale me digère Mon esprit s’éclaire lentement Sans que mon corps n’en sache rien Mon esprit ouvre ses propres yeux À l’affût du monde qui gît sans matière Ce sont des chants que gazouillent des voix multiples Ce sont des chants marins glissant à mon oreille Un parfum d’iode et d’écume Avec son cortège d’embruns Ces sérénades saccadées immolent mon peu de sommeil Je regarde face-à-face le monde toujou...