Neige traversée par une figure

 

La fleur du jour gentiment se soulève,

Projetant sur un linge immaculé

Son auréole ; milles sacolèves

Ensemencent d’angélus acculés

Le toit du monde. Plumes opalines !

Dites-moi quelles ailes messalines

Ont fauché durant la nuit leur pudeur ?

Vos beaux séraphins étaient-ils d’humeur

À se découvrir ?... Vos pierres confuses

Poussent sous nos pieds un rire ou un pleur,

Comme échos ensommeillés d’une étrange muse.


Je sors au dehors par ce temps de rêve,

Mes pas, dans le manteau miraculé

Tapissent la terre blanche comme Ève,

Sont pareils aux pas qui ont maculé

La poussière de lune sibylline.

Comme eux, une éternité me câline,

Brumale et inexprimable candeur !

Avec son souffle puissant d’enchanteur,

Qui, tel un vaisseau malade, s’amuse

À sombrer dans l’écrin de ma chaleur,

Vers l’écho ensommeillé d’une étrange muse.


J’atteins les marges du temps où s’élèvent,

Gris et beaux, vingt tombeaux coagulés,

Archipel nourri d’une sombre sève

Où des ossements bossus, spatulés,

Se reposent, l’esprit sur la colline

Céleste où nulle âme n’est orpheline.

Ici, pourtant, tout échappe au malheur :

La solitude d’une paix en fleur,

Baignée, chérie par la neige profuse

Qui la couvre ; elle coule sa couleur

Dans l’écho ensommeillé d’une étrange muse.


Les souffles fanés dorment d’une trêve

Dont les silences inarticulés

Enfantôment, face à ces sombres fèves,

Nos visages impotents, bousculés,

Et arrosent nos tremblantes salines.

Déjà, craintivement, le ciel décline ;

Dans l’air, s’enroule à mon cœur une odeur

De cyprès absents, sereine vapeur :

Un spectre aux cheveux éteints de méduse

Surgit et réfléchit la profondeur

D’un écho ensommeillé d’une étrange muse.


Il est comme un mirage sur la grève,

Vision floue d’un corps géniculé

Mais dont la brume peu à peu se lève ;

Sous le manteau du mort vermiculé,

Le jour, jouant sa claire mandoline,

Découvre la figure mousseline.

Mes ressouvenirs percent l’épaisseur

Du temps : se tient une vieille faveur,

Passion déchue, passion recluse,

Retrouvée dans l’ineffable stupeur :

C’est l’écho ressuscité de l’étrange muse !


Après ces nuits parvenues, après ces terreurs,

Tu as laissé là-haut les pans du créateur

Pour s’aimer de cette amour que tous nous refusent ?

Mes baisers sur tes lèvres gazouillent en chœur

Et éternisent l’écho de ta propre muse…


Janvier 2026

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le Rire

Le chat de la sorcière

La décade des solitudes