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Le Chat et les Oiseaux

Il y avait un groupe d’oiseaux qui vivait à l’intérieur d’une large volière, si vaste qu’elle faisait office de salle à elle toute seule, sous le porche d’un jardin, attenant à la maison du propriétaire. On se demandait bien pour quelles raisons ce dernier possédait quantité de volatiles – de toutes les sortes, par ailleurs –, tant il avait l’air de ne pas s’en préoccuper : c’est en outre à peine s’il s’ en occupait , car il n’entrait jamais dans la volière pour les visiter, ou pour apprécier leur chant et la beauté de leur plumage, ni davantage pour leur caresser gentiment la tête, mais exclusivement pour les nourrir, leur donner de quoi se rassasier durant deux ou trois jours, avant de repartir sans dire un mot ou presque, de sorte qu’au fil du temps les oiseaux eux-mêmes se désintéressèrent de lui : il ne devint, à leurs yeux, pas autre chose qu’un garde-manger ambulant. Leur maître était à ce point réfractaire à surveiller et à aimer ses bêtes, malgré la collection extraordina...

Le Lion en peluche

  Aux peluches de mon enfance. Il était un petit garçon de presque huit ans – sept ans et demi, je crois bien – très attaché à un lion en peluche qu’on lui avait donné lorsqu’il était encore plus petit, si doux et si mou quand il le pressait contre sa joue. Il aimait tant lui donner quelques tendres bisous sur son petit nez tout rond de lionceau. Le petit garçon était à ce point épris par sa peluche qu’il la considérait comme son frère, même plus que son frère, et il ne se voyait pas faire quelque chose sans qu’elle ne fût présente pour l’assister. Ce jouet était le fait d’un artisan qui avait fermé boutique depuis lors, un animal simplement bourré de coton, au sourire figé, assorti de minuscules petits yeux noirs, mais qu’avec ses mirettes d’enfant il savait vivants. Oh oui ! que d’aventures ils avaient vécu ensemble, inséparables ! Parfois, le père grondait son fils parce qu’il ne voulait pas du lion en peluche pour les accompagner au cours du repas, même insta...

Le Mangeur de sous

  Un soir qu’il comptait ses piécettes, un villageois se rendit compte qu’il en manquait une. « Sacrebleu ! s’écria-t-il, ronchonnant à voix haute des plaintes incompréhensibles. Ce n’est pas possible, non, mes calculs étaient corrects ! Reprenons, oui, reprenons, car j’ai forcément dû me tromper quelque part. » Cet infatigable financier, ouvert à l’arithmétique une fois la nuit tombée – et seulement à ce moment-là, pour faire ses comptes –, reprit entièrement son calcul ; la même exclamation intérieure, suivie des mêmes plaintes, face au constat cuisant : une pièce manquait. Alors, plutôt que d’admettre, à lui d’abord, à sa famille ensuite, que (cauchemar !) il s’était trompé, il préféra déplacer sa faute sur un autre. Au matin, lui qui avait à peine fermé l’œil de la nuit, il annonça à sa femme, au petit-déjeuner, qu’ils avaient été victimes d’une honteuse filouterie. « Le crois-tu, voler des honnêtes gens, qui gagnent leur pitance grâce à ...