Les sirènes amiénoises

 

Dans la brume de mars

La chevelure grise de la mer

Traîne ses mèches tranquilles

Au-delà des côtes où la terre

Lui offre son baiser


Saint-Leu dort d’un sommeil trempé

Car Saint-Leu se noie docilement

Dans la brume de mars

L’eau du fleuve est paisible

La haute tour de Notre-Dame

Sommeille auprès des anges

Quand s’éveille la ville qui remue


Mes paupières contemplent

La noirceur d’une chambre

Cette obscurité qui m’avale me digère

    Mon esprit s’éclaire lentement

    Sans que mon corps n’en sache rien

    Mon esprit ouvre ses propres yeux

    À l’affût du monde qui gît sans matière


Ce sont des chants que gazouillent des voix multiples

Ce sont des chants marins glissant à mon oreille

Un parfum d’iode et d’écume

Avec son cortège d’embruns


Ces sérénades saccadées immolent mon peu de sommeil

    Je regarde face-à-face le monde toujours noir

Je ne vois pas hélas ces fidèles d’Hylas

Mais leur concert se poursuit encore encore

Encore


C’est comme un appel

La musique muette du coquillage

Mais je ne vois pas la conque

J’entends le souffle puissant de la mer

Sur les terres moissonneuses de la Somme

Au cœur d’Amiens la grande Picarde


Le cœur des océans qui n’en sont qu’un

Envoie au-dessus de ma tête ses émissaires

À la voix brisée par le sel

Chanter ses louanges

M’invitant à le rejoindre

À chanter moi aussi

Comme les filles ailées de l’Atlantique qui le servent et

Se lamentent d’être si étrangères aux vagues

    Et moi donc né pour la terre

    Pour la frapper et la nourrir

    Et moi donc

    Et moi donc…


2026

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