La quête du malade d'amour
Où partir ? Vers quel endroit du monde tourner
Un regard trempé d’éternelles espérances ?
À quelle hauteur vendre mes vœux, mes prières ?
Vers qui dois-je plonger mon regard étoilé,
Offrir des bouquets de roses et de baisers ?
Comment l’exprimer enfin, ce besoin d’aimer ?
Ce besoin de sentir contre soi la chaleur
D’un cœur qui bat, qui sonne l’heureuse chamade
Pour ensommeiller mes peurs, pour sécher mes pleurs.
Quels traits portera ce soleil si attendu ?
De quel visage chanterai-je la beauté ?
Quelle émotion, quel sentiment, quel éclat,
Surgira de mes doigts reposant sur ses doigts,
Avec sa main dans la mienne : mais quelle main ?
Nos âmes se loveront-elles l’une à l’autre
Quand nos bouches s’épouseront : mais quelle bouche ?
Quels mots inexprimables se diront nos yeux
Fondus dans un seul et même regard d’amour ?
Entourant notre pupille ronde et profonde,
La couleur nouvelle éclora sous ses auspices
Des nébules peuplant notre iris : mais quel œil ?
Toutes ces questions qu’a emportées le vent,
Comme des énigmes à l’Œdipe aboli ;
Reste la solitude, ma seule romance,
Qui me dévore comme un bon vin répété.
Quel sera le nom de cette âme souveraine,
Chérie, aimée, que d’ores et déjà j’attends
Sur le dos de rivages déserts, immobiles,
Dans mon habit saint d’anachorète malade ?
Ce nom a l’odeur de pluie des ressouvenirs
Qui mélancoliquement traînassent, se figent
Dans mes pensées, ainsi me poussant à l’errance
Pour estamper le temps présent par nostalgie ;
C’est ici la bile qui me fait mirager
Cet écho parasite résonnant en moi,
Reflet de cette absence qui m’accompagne.
Comment deviner que ce nom si beau d’espoir,
Que tout ce visage, cette main, cette bouche,
Existent pour venir me rencontrer un jour
Au-delà des nuages ? Comment deviner
Que l’éclipse sous laquelle je vins au monde
Ne demeurera pas jusqu’à mon dernier souffle ?
Et si mon regard qui s’imagine l’amour
S’aveuglait en mourant, nourri jusqu’à crever
De ses chimères naïves qui l’endormirent
Sous les ramures désenchantées du tombeau…
Ces yeux de cadavre dont brillerait encore
L’attente d’un amour terrestre inaccessible.
Je suis mon propre sphinx me posant ses énigmes,
Et toutes mes questions sont un vieux fantôme :
Elles hantent mes jours et mes nuits, nuit et jour
Me cauchemardent des acouphènes de doutes.
Ne suis-je au final que l’idiot du village,
Inadapté, solitaire, qui catéchise
Les légendes du vieux loup aux fées irréelles,
Les rêveries antiques de quelque égaré
Croyant en la vie rêvée, au rêve vécu ?
J’ai l’AMOUR écrit sur mon front en lettres d’or :
L’ange sans pudeur qui avant me visitait
Ne me trouve plus ou ne me veut fréquenter.
Je me souviens de cette époque de jeunesse
Où, perchée sur des passions inassouvies,
Mon âme y trouvait là le bonheur d’exister,
Brouillons d’histoires que j’étais seul à écrire,
Et j’ai maudit cent fois le taquin Cupidon,
Dont aujourd’hui j’espère revoir la blancheur,
Avec son arc tendu pour décocher sa flèche,
Qu’elle me transperce et transperce cette autre âme
Inattendue ; la trouver, visage d’Éden,
Pour une belle et brûlante histoire d’amour.
La flèche suspendue, que je vois arriver,
N’arrive et n’arrivera toutefois jamais.
La pointe de Cupidon qui doit arriver
A dans son mouvement immobile et absent
L’effort insensé des sagittaires d’Élée :
Sa cible pour toujours elle ne touchera.
À quoi peut bien servir toute la poésie
Si à personne elle n’appartient (à personne !),
Qu’aucune étreinte, qu’aucun baiser sur le cou,
Ne complète ces paroles ardentes d’aube ?
Un si joli cœur qu’on dessine sur le sable,
Pour clamer jusqu’au ciel l’amour qui nous habite,
Ne reste qu’un sillon balayé par la mer.
Pour autant, je dessine,
Je dessine, dessine,
Sur des feuilles volantes
Un amour imprécis,
Mes vers cent et cent fois
Lui sont tous destinés,
À cette âme qui vit,
Que j’attends, qui m’attend.
2026
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