La Rose du désert (Poèmes américains, II)
Enracinés à la terre blême
Dans l’ombre des roches
Les crotales chantent
D’imperceptibles mélodies
Reptiliennes qu’on devine
Des louanges aux cieux noirs
À leur éclat de soleils
Les roches ont pâli en plein jour
Ô roches immaculées du Désert
De cette blancheur indélicate imparfaite
Qu’avez-vous à nous dire qui soit écouté ?
L’appel des serpents à la nuit est indicible
Comme ces célestes altitudes qu’ils lamentent
Mais la musique de ces muscles immobiles
De ces ventres devenus rochers
Parle mieux au cœur des hommes !
Nous sommes les coquillages de ces eaux effacées
Réduites à n’être désormais plus que les grains de peau
D’un paradis perdu au fond d’une Amérique muette
Nous avons le vent pour auditoire et quand nos chants
Se font plus profonds plus langoureux plus désespérants
Lourds de ce fardeau qu’est la nostalgie des vieilles pierres
Dont les souvenirs se cristallisent sans jamais s’éradiquer
Les lézards pâles comme les lueurs lointaines sur nos têtes
Et les vers aux yeux fendus de chat sont notre sempiternel public
Pourquoi chanter cette préhistorique litanie
Qu’aucune oreille humaine ne peut entendre
Notre hymne souverain notre fable d’éternité
Depuis la nuit où Josué a étendu ses bras au Canaan ?
Car elle nous rappelle l’éveil des Mojaves de Sonora
Et des immensités pélasgiques du Grand Bassin !
C’est quand l’homme s’incline que dans nos déserts
Vient descendre une Rose à l’immortalité éphémère
Qui comme un drap nous couvre de ses pétales immenses
Qui comme une vie humaine nous échappe subrepticement
Sur ses flancs couleur de couleurs hypothétiques
S’émousse tranquille notre plainte toujours répétée
Caressées revêtues de la Rose immortelle éphémère
L’œil du jour coule à travers ces notes lyriques
Frappe ce passé désincarné que cache la Pierre
Descendante des illustres grands frères météores
Elle ô Pierre seule et unique éternité terrestre
Sur les couronnes du Désert triomphantes
Arborescences arides dénudées épluchées
S’écoule le jour qui fuit le monde
Sur les couronnes du Désert tombe la Rose
L’ancienne fleur des temps que traverse
Les âges qui ne sont que des passages
Pour la Rose qui lorgne la plaine morte
C’est là l’instant
Chanté par les runes qui sont des roches
La Rose a pénétré l’iris au fond de moi
Désormais présente dans tous les yeux
La vaste Rose comme une fresque immémoriale
Que traverse un satellite de son teint lucide
Rose perpétuelle qui nous surprend au bord du jour
L’œil du jour se moule fleurit pour s’éteindre
Coule son linceul de soir et nous coulons avec lui
L’univers étend son bras son long bras de Rose
Nous salue petites fourmis sur le dos de sa fille
Et ferme la paupière cyclopéenne du jour
C’est la nuit – les serpents frétillent et célèbrent
Par des rythmes endiablés un palpitant maraca
Juin 2025,
Joshua Tree Village
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