Deux poésies sur l'automne

 

L’œil de l’automne


Dans l’œil de l’automne tremble mon glas

Qui s’avance vers des routes étroites

Vers des chemins bancals où la poussière

Est cuivrée


S’allongent sur mes cils les gouttelettes roses

D’un doigt rose

Celui des tresses rousses des arbres

Sortis du ventre de l’automne


Saison des cuivres

Ô saison des cuivres !


Saison des feuillages enflammés

Le feu végétal

Saison des chimères arborescentes


Dans l’œil de l’automne tremble le glas

Que la chaude saison

A déposé un soir dans mon lit

Sur mes draps humides

Comme après l’amour


Mon glas s’achève avec le vent

Avec les pluies nouvelles

Avec l’odeur des arbres mourants

Dont l’agonie achève la mienne

Le doucereux été crève dans ma poitrine

S’ouvrant à la saison aux milles taches de rousseur


Comme dans mon lit un froid jour d’hiver

Comme dans la lande un lumineux printemps

Comme dans la mer consolatrice l’été

Je me jette dans les bras ressuscités de l’œil d’automne


2022


Contrerimes d’automne


Chaleureuse esclandre de la plainte estivale,

Vermine solaire tachée d’embruns,

Dernier rayon de soleil orange qu’avale

L’agonie sommaire au petit matin.

Elle vient dire : « Hélas ! nos arbres vont mourir,

Leurs feuilles débranchées par les vents bleus,

Et nos larmes qui jamais ne pourront fleurir,

Noieront la terre, étrangleront les feux. »

Regarde dans son cristal purulent de flammes,

Porté dans l’œil de ta morte saison,

Les pétales séchés de tant de fleurs sans âme ;

Un tombeau qu’à toutes nous leurs offrons !

Dans l’air humide la chaleur s’est dissipée,

Tel que le jour par la veillée éteinte,

Compagne éternelle des fous, des égarées,

Mère étoilée qu’Automne a déjà peinte.


Au dehors, la ténébreuse sorgue s’allume,

D’enchanteurs ardoises arriérés,

Depuis ma chambre on voit les chimères danser

Que retient, baignée de lampes, ma plume.

Le déluge se déchaîne, couleur de vin,

Des arborescences au cuir bouilli,

Ne reste que les cuivreux et frêles tapis,

Dallage d’inexplicables chemins.

Les promeneurs dans tous les parcs, sur tous les ponts,

Écoutent en chœur la chanson du monde ;

Le sifflement des tempêtes a la même onde

Que la voix rauque d’un accordéon.

Mes cils ensemencés et de vers et de proses,

Tâchent à écrire quelque élégie,

Sur le dos de ce que j’appelle ma patrie ;

Feuilles de lune remplacent les roses.


2022

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