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La mémoire du temps

  Où nos amours d’antan se sont-ils dispersés À travers les mers immenses du temps Vers où ont flotté ces passions parcheminées Qu’on ressasse comme des légendes d’or ? Où se trouvent les beaux regards lancés Comme des mirages pour les années à venir Lueur de nos phares de cadenas enlacés Sur ce pont corrodé par notre absence ? Où s’est déposée l’empreinte de nos baisers Sur quelle plage souveraine d’éternité Pâtissent nos étreintes d’abandon Épaves de notre indiscernable passion ? Où te trouves-tu tandis que ma pensée Me ramène à l’onguent de ton image ? Quel élixir de vie la ramènera-t-elle Chaude comme la chair et le sang ? Où suis-je donc tombé crépusculaire Absorbé dans les limbes d’une nostalgie Heureuse malheureusement désoubliée Cicatrice sur la constellation de mes souvenirs ! 2025

Pleine lune

  L’œil rond de glace nous contemple, Dans sa nuit nuptiale, Sa pâleur cérémoniale Est l’idole d’un temple. L’idole grêlée, doucement, Comme des lucioles, Sans nid, coupant leur pétiole, Dépose ses enfants. Rejetons de morte lumière Qui écrivent des vers, Pour leur matrice dont l’avers Éponge leur misère ! Feu argentin du ciel obscur, Incendie de métal Qui embrase jusqu’au cristal, Et se noie sous l’azur… Avril 2025

Le Rire

  Les paupières de Joachim gémirent quand retentit le réveille-matin, déchirant le silence paisible d’une nuit qui s’achève. Il était cinq heures ; dehors, le soleil était encore loin d’esquisser les premières mèches de son impressionnante crinière. La fatigue semblait transpercer les yeux de l’homme encore dans son lit ; ses mains flageolaient comme au bord du malaise, et il sentait tout le poids du sommeil s’accrocher encore à ses pauvres épaules ; mais, hélas, il lui fallait prendre son courage à deux mains et quitter le doux royaume que constituent la couette et l’oreiller. Il échappa à ses draps onctueux, alluma la lumière, éclairant la chambre, et s’habilla comme de coutume. C’est de même comme à son habitude que Joachim descendit jusqu’à la cuisine et fit vrombir la machine à café, lui coulant dans une petite tasse en porcelaine un expresso des plus noirs. La caféine écarquilla ses pupilles, lui arracha un bégaiement ; et puis, c’était comme si la fati...

Les yeux de la lune

  Je vois des yeux noirs dans la lune C’est là que sommeillent Mes heures creuses Des chameaux se baladent sur mes paupières Ouvrant grand leurs narines Où se faufilent les relents de l’iris Mer de la pupille Des flots sans quête des vagues Qui n’ayant aucune côte sur laquelle mourir Roulent dans l’iris éternellement Éternellement s’effondrent sur elles-mêmes Coquilles argentées par la lune aux yeux noirs Trottent toujours ces chevaux du désert Et la mer bouillonne et la mer saigne Fissures de sang sur la supernova brune La lune pleure toujours de ne jamais voir le jour Et moi qui ne trouve pas le repos je lui crie : T u as au moins des yeux pour pleurer ! Juillet 2023

Ton nom

  Ton nom ton nom Ton nom Pendu à mes lèvres Lèvres déchirées Par ce nom d’absence Où es-tu ? C’est donc ce nom-là Que l’on donne Au chagrin d’amour ? Ton nom ton nom Imprimé dans mon sang Ton nom ton nom Que je répète inlassablement Ton nom Ton nom Ton nom Mon refrain de perdition Ton nom que j’aime chanter Car j’aime en souffrir ! Ton nom ton nom Sera mon dernier souffle Mon extrême onction Je dirai ton nom Oh ce nom, ce nom ! Sera-t-il avec moi Lors du passage ? Je m’essoufflerai L’allumette au coup de vent Je m’essoufflerai Dès que j’entendrai Ton nom s’éteindre Ton nom enflammé Ce nom que j’aime Le nom que porte mon âme Ce nom ce nom Me reviendra-t-il ? Ton nom ton nom Peut-être mais ce visage ? Ton visage ton visage Dans mes yeux ton visage. 2022

Le chat de la sorcière

  C’est un fait bien connu de tous et que vous n’ignorez sans doute pas vous-mêmes : chaque sorcière possède son chat, copains comme cochons ; et puisque les chats ne font pas des chiens, la sorcière de notre histoire avait aussi son petit matou. Si je vous demandais quelle serait, selon vous, la couleur du chat de la sorcière, vous me répondriez sans doute : « Noir ! » Soyez surpris, car le chat de cette histoire n’avait rien de ces félins qui, dit-on, portent le mauvais œil, traînent la nuit dans les rues et le jour dans les cimetières ; c’était au contraire un petit chat roux à qui l’on aurait donné le bon Dieu sans confession – si seulement les chats croyaient en Dieu et étaient charitables. Ce chat roux appartenait à une sorcière qui l’avait appelé Griffe et qui le chargeait chaque jour d’une mission tout à fait particulière… Il y avait une fois un garçon qui était un vrai garnement ; il habitait dans le voisinage de la sorcière – q...