Le Mangeur de sous
Un soir qu’il comptait ses piécettes, un villageois se rendit compte qu’il en manquait une. « Sacrebleu ! s’écria-t-il, ronchonnant à voix haute des plaintes incompréhensibles. Ce n’est pas possible, non, mes calculs étaient corrects ! Reprenons, oui, reprenons, car j’ai forcément dû me tromper quelque part. » Cet infatigable financier, ouvert à l’arithmétique une fois la nuit tombée – et seulement à ce moment-là, pour faire ses comptes –, reprit entièrement son calcul ; la même exclamation intérieure, suivie des mêmes plaintes, face au constat cuisant : une pièce manquait. Alors, plutôt que d’admettre, à lui d’abord, à sa famille ensuite, que (cauchemar !) il s’était trompé, il préféra déplacer sa faute sur un autre. Au matin, lui qui avait à peine fermé l’œil de la nuit, il annonça à sa femme, au petit-déjeuner, qu’ils avaient été victimes d’une honteuse filouterie. « Le crois-tu, voler des honnêtes gens, qui gagnent leur pitance grâce à ...